Dans les années à venir, la géothermie profonde pourrait constituer l’une des meilleures solutions pour procurer de la chaleur aux sites industriels. Safran en est le parfait exemple, avec son site de Villaroche, qui s’apprête à recevoir une installation presque unique en France.

La décarbonation de grands sites industriels représente, pour chaque entreprise, un défi colossal, c’est le cas pour Safran Aircraft Engines. Le constructeur de moteurs d’aviation possède, en effet, d’immenses usines comme celle de Villaroche, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Celle-ci compte une centaine de bâtiments répartis sur 100 hectares, tous dédiés à l’assemblage complet de moteurs d’avions civils et militaires. Au total, près de 5 000 employés y travaillent quotidiennement.

Compte tenu de la taille du site, les dépenses énergétiques en matière de chauffage sont colossales. Pour tenter de réduire son impact environnemental, Safran a donc décidé de troquer sa centrale gaz pour une installation de géothermie profonde. Si le projet tenait ses promesses, il pourrait permettre une réduction de 75 % des émissions de CO2 liées au chauffage des bâtiments, soit 6 500 tonnes de CO2 évitées par an.

Pour y parvenir, Dalkia et Arverne Drilling Services, qui sont chargés du projet, vont devoir creuser des puits à une profondeur de 1 650 mètres, où l’eau atteint une température de 75 °C. Si tout se passe bien, les puits en questions devraient être forés à partir de septembre 2025, pour un début de mise en service espéré en fin d’année 2026.

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La géothermie profonde pour décarboner les grands sites industriels

En France, l’usage de la géothermie profonde est encore exceptionnel. À terme, cette technologie pourrait répondre à une partie des besoins des sites industriels. Du côté de Caen, Stellantis vient d’inaugurer une installation similaire en décembre dernier, pour son usine dédiée à la fabrication de boîtes de vitesses. La centrale géothermique devrait permettre de réduire de 70 % la consommation en gaz, et les émissions de CO2 de 75 % en produisant du chaud et du froid pour les 80 000 mètres carrés de locaux du site.

En revanche, tous les projets ne se passent pas comme prévu. Dans le nord, dans l’usine Renault de Douai, un autre projet de géothermie profonde était envisagé. Celui-ci, plus ambitieux, prévoyait le forage de deux puits à plus de 4 000 mètres de profondeur, afin d’atteindre une eau à près de 140 °C. Mais des incertitudes sur l’état des roches en profondeur ont fait douter le constructeur automobile. Finalement, compte tenu des incertitudes liées aux performances du projet, Renault a préféré jeter l’éponge.